Les origines du Bakfrite :
En 2012, Benjamin Perez se met au vélo dans le cadre de sa rééducation à la suite d’un accident. Ce qui n’était au départ qu’un exercice devient peu à peu un mode de vie, au point qu’il décide finalement de se lancer dans un voyage cycliste d’un an et demi entre l’Europe et l’Afrique. En arpentant les routes de différents pays, il découvre une multitude de « foodbikes », des alternatives cyclistes aux traditionnels foodtrucks : « Je voyais souvent des vendeurs à vélo. Les glaciers ou les cafetiers en Italie, les vendeurs de jus en France, les artisans en Afrique… » Inspiré, il rentre en Suisse avec l’ambition d’y développer un concept similaire, le Bakfrite. C’est le début d’un grand projet mené avec sa partenaire Anna Sarukhanyan : « On s’est dit qu’on allait vendre des frites sur un vélo. »
Il faut deux ans de préparation à Benjamin et Anna pour concrétiser leur idée. Les deux cyclistes se rendent d’abord aux Pays-Bas, où ils dénichent un triporteur de seconde main qu’ils ramènent en pédalant le long du Rhin. Avec l’aide d’un ami soudeur, ils fabriquent ensuite la structure destinée à accueillir les friteuses et le matériel. Concrètement, le stand est constitué du triporteur et d’une remorque, formant à la fois un espace de vente et de transport pour les produits. Simple en apparence, le concept se heurte pourtant à certaines difficultés. Sur le plan légal par exemple, le foodbike doit respecter des normes d’hygiène rigoureuses, nécessitant de nombreuses adaptations. Benjamin précise que ces défis les ont orienté vers le choix des frites aux dépends des sandwichs ou d’autres produits frais : « Le plus simple pour nous, c’était d’arriver avec des patates, de les couper sur place et de les cuire. »
Des frites et des livres :
Bien que simple, le bakfrite mise sur la qualité et le fait-maison. « On aime bien manger donc on voulait partager quelque chose qui nous correspond » explique Benjamin qui précise que les pommes de terre sont locales et souvent bio, tout comme les sauces, véganes et généralement préparées avec des produits régionaux. Pour s’approvisionner chez les producteurs, Benjamin et Anna utilisent bien-sûr leur moyen de transport favori : le vélo.
Quelques années après son lancement, le concept rencontre aujourd’hui un franc succès et ses créateurs, bien qu’ils ne gagnent pas leur vie avec leur projet, reçoivent de nombreuses sollicitations Le Bakfrite collabore avec des bars, notamment lors de concerts, et participe à des événements comme Festivélo ou la Nuit des Musées à Lausanne. Il arrive aussi que le stand soit présent dans sa version simplifiée lors de petits événements privés, tels que des mariages ou des anniversaires. Les clients sont au rendez-vous, et Benjamin confirme qu’ils sont satisfaits : « Ils admettent que ce sont de bonnes frites. »
Le concept de foodbike plaît aussi au public et prouve qu’un vélo constitue un très bon support pour créer une échoppe. En plus de sa baraque à frites, Benjamin propose d’ailleurs un stand de livres monté sur deux roues qu’il installe sur les marchés pour y vendre de petites bandes dessinées qu’il réalise lui-même. « C’est très simple, en réalité. Tu utilises ta selle, ton guidon, deux piquets, une planche, et c’est prêt ! Tu peux y disposer plein de choses. »
Le vélo comme façon de penser :
Le créateur du Bakfrite compte bien continuer d’utiliser son vélo en développant peut-être de nouveaux concepts de stands mobiles mais aussi en repartant en voyage. Le jeune homme a également expérimenté le métier de coursier pendant quelques temps, mais il a décidé d’arrêter face à certaines difficultés : « Je me sentais fatigué, et vulnérable dans le trafic. J’ai plus de plaisir à pédaler dans d’autres circonstances, dans mon temps libre ». Au quotidien, il apprécie le côté pratique et l’indépendance que lui offrent son moyen de transport préféré, en précisant qu’il ne dépend jamais des horaires de bus ou du trafic.
Intervenant dans le cadre de DÉFI VÉLO, Benjamin raconte ses voyages et projets cyclistes. Face aux jeunes, il s’attache à présenter la petite reine comme un outil pour vivre autrement. Il les encourage à se mettre en selle pour apprendre des choses sur eux-mêmes et sur la vie : « Je leur dis : “Voyagez. Même si ça ne vous plait pas, tant pis, vous aurez essayé” ». Retraçant son histoire, il explique que le vélo lui a apporté beaucoup de choses, et qu’il le considère non seulement comme un moyen de transport et un outil de travail mais aussi comme une façon de penser. À l’heure des smartphones, il confie qu’il est parfois difficile de captiver les ados et de les faire sortir de leur zone de confort, mais il relève que ses récits suscitent tout de même de l’intérêt et de nombreuses questions. De quoi voir fleurir, d’ici quelques années peut-être, de nombreux projets autour du vélo.
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